Octobre 2008 Achat de British Energy
Cette somme représente :
- un montant supérieur à la masse salariale avec les charges sociales pour une année des salariés du groupe EDF. Plus d'une année complète de travail.
- C'est l'équivalent d'une prime de 70 000 euros pour chaque salarié du groupe,
- l'embauche de milliers de jeunes,
- la baisse de l'électricité pour des millions de familles en grandes difficultés.
« Catastrophique», « incompréhensible», « dangereux ». A l'intérieur comme l'extérieur d'EDF, les avis ne manquent pas pour dénoncer cette opération. Tous restent perplexes devant l'entêtement de l'entreprise publique, jusqu'alors si prudente, à vouloir s'emparer à tout prix de British Energy. Les grands électriciens européens ont tous regardé le dossier. De l'allemand RWE à l'espagnol Iberdrola, tous se sont rétractés. « Nous sommes toujours intéressés pour exploiter du nucléaire en Grande-Bretagne. Mais les conditions financières pour British Energy ne sont pas réunies », a déclaré l'électricien espagnol, qui avait pourtant proposé bien moins qu'EDF
BRITISH ENERGY C'EST QUOI ?
L'inquiétante vétusté des centrales britanniques
Son parc, à l'exception d'une centrale, fonctionne toujours à partir de la technologie graphite gaz mise au point au tout début du nucléaire civil. Une technologie que la France, après des batailles gouvernementales épiques, a abandonnée dès la fin des années 1960.
« Soyons clair, nous ne savons pas faire. Les centrales de British Energy sont d'une technologie vieillissante, qui ne ressemble
même pas à celle que nous utilisions dans nos centrales. De plus, à la différence du parc français, il n'y a eu aucune standardisation
du parc et des équipements, ce qui fait qu'aucun effet de masse, aucune économie d'échelle, aucun transfert d'expérience
n'est possible », explique un ingénieur d'EDF.
L'électricien britannique est tout sauf une entreprise florissante. Son statut de premier exploitant d'électricité d'origine nucléaire en Grande-Bretagne, avec huit réacteurs installés, ne l'a pas empêché de frôler la faillite au début des années 2000. Il a été sauvé in extremis par le gouvernement britannique. Mais il reste perçu comme un exploitant peu performant. Son image dans l'opinion publique est détestable. Des centrales vieillissantes, des risques d'exploitation de plus en plus élevés, des coûts de démantèlement qu'il faudra assumer ; Destruction des installations, décontaminations des sites, traitement et stockages des déchets radioactifs : il y en a pour plusieurs dizaines de milliards d'euros, qui normalement sont à la charge de l'exploitant. Dans son offre de rachat, EDF a-t-il prévu de reprendre ce passif ? Y a-t-il des structures spécifiques pour assumer ce passé ? Interrogée, l'entreprise publique se refuse de répondre. « En tant que société cotée, nous ne pouvons pas rendre publique ce type d'informations », explique une porte-parole. Dommage car cela pourrait peut-être aussi intéresser le contribuable français.
Certains connaisseurs ne sont en effet pas loin de penser que le gouvernement britannique est en train d'essayer de faire payer à la France la fin de vie de ses premières centrales nucléaires. Il est incompréhensible que l'on investisse des milliards d'Euros dans des opérations hasardeuses alors que les négociations sociales sont toujours aussi difficiles notamment dans le domaine de l'augmentation des salaires, de la protection sociale et de l'emploi.
